>ReCHERCHE UGICTPNC

 

 

 

>Air France sur la rampe de lancement du bas coût
 
>>> À écouter ses dirigeants, Air France ne devait jamais aller se « fourvoyer » sur le marché du low cost (compagnies à bas coût).
Et pourtant, c'est bien ce qui va arriver en 2007 avec le lancement de Transavia.com.
À moins que ce projet ne s'inscrive dans le cadre plus large d'une refonte du modèle économique de l'ex-entreprise publique.
 
Annoncé le 27 novembre, le lancement par Air France d'une filiale mi-charter, mi-low cost, dédiée au moyen-courrier «loisir», a pris tout le monde de court.
« Une décision préparée dans le plus grand secret, raconte Pascal Zadikian, élu CGT au conseil d'administration d'Air France. La direction est ensuite passée en force en imposant une information consultation sur une seule session du comité central d'entreprise, CCE (1) ».
La sur­prise a été d'autant plus grande que, fin 2005, s'appuyant sur l'échec de transporteurs traditionnels, comme British Airways, le directeur général d'Air France déclarait que jamais, au grand jamais, l'entreprise n'investirait dans une compagnie low cost, autrement dit à bas coût. Plus récemment, le 10 novembre 2006, c'est le directeur du développement qui dénonçait, dans une revue spécialisée, la concurrence déloyale de Ryanair et consort.
Quinze jours plus tard, les salariés apprenaient la naissance de Transavia.com France, sur le modèle de sa grande soeur néerlandaise (2), filiale à 100 % de KLM.
Son rôle sera, d'une part, de «répondre aux attentes» de voyagistes comme le Club Med ou Fram, sur des destinations très tou­ristiques du bassin méditerranéen (Maroc, Tunisie, Espagne...), et d'autre part, de «faire concurrence aux compagnies à bas coûts sur des marchés attractifs, à forte croissance»
.
Rom­pue aux jeux de pistes, la Direction du Groupe laisse entendre, pour finir, que si le périmètre de la nouvelle entité est «défini et a priori pérenne», il pourrait «éventuellement évoluer» à l'avenir.
 
Par-delà les déclarations contradictoires, c'est surtout le modèle économique hybride de Transavia qui interroge sur les intentions réelles du groupe dirigé par Jean-Cyril Spinetta.
Pascal Zadikian se dit convaincu que le charter n'est qu'un «alibi pour se positionner sur le low cost». Le Syndicat national des agences de voyages (SNAV), par la voix de Rachid Temal, son secrétaire général, se félicite qu'une entre­prise de "renom" comme Air France vienne «élargir l'offre charter» dans un contexte d'érosion continue des parts de marché du pavillon français (3).
 
Un expert indépendant, proche de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC, estime, lui, que les choses ne sont pas aussi simples: «Je sais ce que c'est une compagnie charter, je vois à quoi ressemble une low cost, je ne saisis pas bien en revanche le principe de cette nouvelle filiale». Pour lui, du fait de charges sociales supérieures sur le territoire français, Air France n'envisage pas sérieusement de concurrencer les gros du lowcost, comme Ryanair ou easyjet (4), «En revanche, dit-il, et compte tenu de sa taille, elle est tout à fait en capacité de contrôler 100% du charter moyen-courrier. Pour cela, je pense qu'elle serait prête à éliminer toute la concur­rence française, quitte à perdre de l'argent par ailleurs... »
Quoi qu'il en soit, souligne Raymond Besco, de la fédération CGT des Transports, la création de Transavia est une preuve supplémen­taire qu'Air France «a fait le choix de se développer en dehors de la compagnie». Elle augure aussi peut-être un nouveau modèle économique fondé sur une réduction mas­sive de la main-d'oeuvre (via l'externalisation, par exemple) afin de se concentrer sur les seules activités à forte valeur ajoutée. Dix ans après la liquidation de sa filiale Air Charter, le numéro un mondial (5) du transport aérien s'est donc décidé à réinvestir un créneau qui, bien que représentant quelque huit millions de passagers, reste trois à quatre fois moins important qu'en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Par la même occasion, il se pose en outsider sur un segment - le low cost - qui, lui, affiche depuis trois ans des taux de croissance à deux chiffres. Apparu en France il y a dix ans, le low cost aérien a pris son essor à partir de 2002, profitant d'une hausse du trafic passager, en dépit de la crainte des attentats, des crises sanitaires (grippe aviaire, Chikungunya) et des catastrophes aériennes en série.
Au nombre de trente-quatre, les com­pagnies à bas coût ont transporté sur les six premiers mois de l'année 2006, 7,5 millions de passagers - plus 31 % par rapport au premier semestre de 2005.
 
 
(1) La CGT a refusé de prendre part au vote.
(2) Transavla.com France est détenue à 60% par Air France et à 40% par KLM.
(3) Les principales compagnies charters françaises sont Aigle Azur, Air Méditerranée, Blue Line, Corsair et Star Airlines (rebaptisée XL Airways France).
(4) Pour un Personnel Navigant d'Air France le niveau de char­ges sociales équivaut à 80% du salaire net, à Ryanair, 10%.
(5) En chiffre d'affaires. Le groupe Air France-KLM se situe au troisième rang mondial en nombre de passagers transportés. Leaders du marché, Ses deux compagnies cumulent plus de 70% de parts du marché.
 
Retour à l'accueil
 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés