>Etranglées par le prix élevé du kérosène l'été dernier, asphyxiées par la crise financière, les compagnies aériennes souffrent. Déjà sont apparus les premiers signes d'un
ralentissement du trafic. Pour certains transporteurs, la situation est catastrophique. La danoise Sterling a fait faillite en octobre, Austrian est plombée par plus de 1 milliard
d'euros de pertes pour cette année. Alitalia est sous perfusion depuis des mois. L'avenir s'annonce difficile pour toutes. Lufthansa, qui évoque
pudiquement «un refroidissement de la
conjoncture», a vu son bénéfice net dégringoler au troisième trimestre. Aussi
la compagnie allemande a-t-elle corrigé son objectif de résultat pour 2008-2009 : au lieu de 1,38 milliard d'euros, elle prévoit 1,1 milliard. Au mieux. Enfin, le projet de fusion entre Iberia et
British Airways, déjà retardé, risque d'être abandonné. Seules exceptions dans le ciel européen, les low-costs easyJet et
Ryanair affichent une insolente croissance.
Gestion prudente
Parmi les grandes compagnies du continent, seule Air France-KLM a réussi
à gagner des clients en octobre. «Les volumes sont bons malgré la récente
grève des pilotes, se félicite Jean-Cyril Spinetta, le PDG d'Air
France. Nous résistons mieux à la crise que nos concurrents. C'était déjà
le cas en 2001.» En gestionnaire prudent, il ne se contente pas de réduire
les capacités, ce qui lui assure, seul parmi les grands, un coefficient d'occupation de plus de 80%. Il a aussi annoncé, compte tenu d'un résultat d'exploitation en chute de moitié, un programme
d'économies complémentaires et une révision de son plan d'investissement. «Air France peut encore améliorer sa productivité et gagner en synergie avec KLM», souligne Bruno de La Rochebrochard, analyste financier de Raymond James. Reste tout de même un problème : la recette par
siège. «Les passagers qui autrefois voyageaient en première ont tendance
à aller vers la classe business, et ceux de la business vers la classe économique», reconnaît-on à Air France. En espérant que la quatrième classe - moins chère que la business mais plus confortable que la classe économique - actuellement à l'étude entrera
bientôt en service. «Air France devra sans doute aussi développer des
produits moins chers et lancer plus de promotions si die entend garder ses parts de marché», remarque un analyste financier.
Avec plus de 40% de son trafic sur l'Atlantique nord, British Airways
est sans nul doute la plus touchée par la crise. Depuis huit mois, son trafic ne cesse de décroître. Dès septembre, la compagnie évoquait des réservations affectées par
la «forte anxiété sur les marchés et des perspectives économiques
incertaines». Des craintes justifiées en octobre par la baisse du trafic et
un taux d'occupation en recul de 3 points. Plus grave, le nombre de passagers en première classe s'effondre : il chute trois fois plus vite qu'en éco.
Progression inattendue
Face à ces résultats en berne, les
compagnies low-cost, et en particulier Ryanair, pavoisent. Pour Michael O'Leary, son flamboyant
dirigeant, «la récession économique a provoqué l'effondrement de la
confiance de la clientèle et les tarifs de Ryanair sont maintenant encore plus attractifs». Son optimisme, confirmé par les derniers chiffres, lui a permis de transformer en commande ferme des options sur une dizaine de Boeing 737. Il prévoit même 7 millions de
passagers supplémentaires sur son réseau pour 2009. «Les low-cost continuent leur progression en ouvrant
de nouvelles lignes, mais elles se trouveront un jour ou l'autre impactées par la crise», prévient cependant Didier Bréchemier, analyste financier au cabinet Roland Berger.
Réduction anticipée
EasyJet, déstabilisée par une guerre interne entre ses actionnaires, se
montre d'ailleurs plus timorée. Même avec ses 4 millions de passagers en octobre, la compagnie britannique entend réduire ses capacités pour cet hiver : ses avions ne voleront que neuf heures par
jour au lieu de onze l'année dernière. Et elle va différer la livraison de plusieurs Airbus en commande. Histoire sans doute de se rassurer, les dirigeants d'easyJet estiment qu'il y
aura «des réductions d'effectifs et des consolidations supplémentaires
chez beaucoup de concurrents faibles». Alors, le pire est-il à venir ? Côté
business, 54% des cadres pensent que leur entreprise va être amenée à réduire le nombre des voyages d'affaires d'ici à mars 2009. Et, côté loisirs, les tour-opérateurs notent déjà une baisse de
30% des voyages long-courriers. A Nouvelles Frontières, les réservations chutent de 20% pour le premier trimestre 2009. Un mouvement confirmé par George Godlin, analyste en chef de Moody's
: «La demande n'a pas encore trop affecté les performances des compagnies
aériennes en septembre et octobre parce que les consommateurs achètent en avance leurs billets pour les payer moins cher. Mais elle risque de se détériorer dans les prochains
mois.» Résumé : l'organisation mondiale du transport aérien (Iata)
évalue les pertes totales des compagnies pour cette année à 5,2 milliards de dollars et prévoit qu'elles seront encore de 4,1 milliards en 2009. «Les marges sont faibles dans le secteur aérien, explique un expert. Comme les compagnies dans leur ensemble ont déjà beaucoup rogné sur les coûts, leur marge de manoeuvre est très
faible.» Heureusement, la baisse du kérosène est arrivée au meilleur
moment.
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